Soulager la douleur rectale

EntreNous Vol.14 - No.3

Depuis ma prostatectomie, l’an passé, je souffrais de puissantes douleurs rectales. La coloscopie demandée par mon médecin n’a rien décelé d’anormal, et les médicaments prescrits par un interniste n’ont pas agi du tout. Mon chirurgien m’a alors orienté vers un physiothérapeute qui m’a appris quelques exercices faciles. Deux rendez-vous plus tard, la douleur était disparue ! Cette douleur rectale est-elle fréquente après une prostatectomie ? Comment ces exercices fonctionnent-ils ? Et pourquoi ne fait-on pas intervenir un physiothérapeute plus tôt ?

Oui, les patients rapportent assez souvent une légère douleur rectale ou pelvienne après une chirurgie de la prostate; elle se résorbe normalement en deux semaines. Mais la douleur grave est rare, et il faut contacter son chirurgien pour qu’il en cerne la cause (infection urinaire, contracture du col de la vessie, hémorroïdes, fissure anale et maladies rectales, entre autres...).

Si toutes les causes non musculaires sont écartées, on pourra lancer une demande d’évaluation par un physiothérapeute — le délai dépendra des tests effectués par le chirurgien et des autres examens médicaux requis. C’est à cette condition que la physiothérapie peut être entreprise en toute sécurité et soulager les victimes d’un syndrome de douleur pelvienne d’origine musculaire. On croit que cette douleur est attribuable à des spasmes, une tension ou une suractivité de l’un ou de plusieurs des muscles pelviens (releveur de l’anus, coccygien, piriforme), d’où sa manifestation dans la région rectum-anus.

Passons aux exercices. La majorité des exercices des muscles du plancher pelvien dans une situation comme la vôtre sont axés sur le déconditionnement. Ils partent du principe qu’un muscle suractivé ne doit pas être trop sollicité tant que sa plage de contractilité normale non douloureuse n’est pas rétablie. On tend donc à combiner exercices de détente et approche cognitivo-comportementale (avec imagerie et hyposensibilisation).

À titre d’illustration, disons qu’on travaillerait à retrouver une force contractile ou une mobilité normale ainsi qu’à réduire la douleur par la contraction des muscles du plancher pelvien pendant cinq secondes, puis par leur relâchement pendant 10 secondes, tout en imaginant cette structure musculaire en train de « s’évaporer ». Les exercices varient selon le patient; sur la base de son évaluation, le thérapeute élabore un programme d’exercices reflétant les besoins de chacun. En gros, les exercices pelviens visent à accroître la flexibilité, à éliminer les points gâchettes (hypersensibles), à ramener un mouvement ou une activité contractile à la normale et bien sûr à atténuer la douleur.

La rétroaction biologique (biofeedback) sert elle aussi à ré-entraîner l’élément contractile dans le tonus musculaire du plancher pelvien. Et on peut envisager ces autres options : counseling sur les habitudes de vie, séances éducatives, interventions cognitivo-comportementales, thérapie manuelle, entraînement à la miction-défécation, électromyographie de surface (EMG — des électrodes placés sur la peau détectent l’activité électrique d’un muscle), biofeedback avec mesure de la pression intra-anale (manométrie), imagerie ultrasonique, neurostimulation transcutanée (TENS), électrostimulation musculaire (EMS) et application de froid et/ou de chaleur.

Si rien de tout cela ne fonctionne, c’est qu’il s’agit peut-être de douleur neurologique postopératoire; on pourrait alors s’adresser à un spécialiste (ou une clinique) de la douleur.  

Bill P. Landry, B. Sc. (physio), B. Sc. H., cert. IFAC, MCPA, est le directeur et physiothérapeute principal du Centre familial de physiothérapie de London, Ontario.