L’IGF et le CP

EntreNous Vol.4 - No.4

Pouvez-vous m’expliquer ce qu’est l’IGF, la relation entre taux d’IGF et risque de cancer de la prostate (CP), et l’interaction avec les traitements ?

Les « facteurs de croissance insulinoïdes », ou IGF, sont des hormones protéiques en circulation dans le sang qui influent sur la croissance, la division et la différentiation des cellules. Les IGF présentent des similarités fonctionnelles et structurelles avec l’insuline. Le type IGF-1 est celui qui possède la plus grande affinité pour un important récepteur situé à la surface de la cellule, l’IGF-1R, auquel il se « fixe ». Cette liaison produit une cascade de réactions qui finissent par enclencher la mécanique de la croissance cellulaire. Fait à noter, ces hormones agissent 
sur le fonctionnement cellulaire de façon très semblable à ce qu’on observe dans la division et la croissance des cellules cancéreuses. La recherche accumule les résultats montrant que l’IGF-1 est en cause dans différentes tumeurs malignes.

Les études auprès d’hommes atteints du CP associent les taux sanguins élevés d’IGF-1 à un risque accru de ce cancer. En fait, ces taux grimpent bien des années avant la détection du CP, laissant entrevoir le rôle causal de l’IGF-1 — ce que la recherche récente sur les tissus prostatiques cancéreux a confirmé. Des expériences en laboratoire ont aussi démontré que l’IGF-1 entraîne la prolifération des cellules prostatiques cancéreuses et réduit les effets de divers traitements.

Autre constat : tant l’IGF-1 que l’IGF-2 sont modulés par des protéines de liaison (IGFBP, pour binding proteins) qui bloquent leur combinaison avec le récepteur. L’IGFBP-3 a des propriétés inhibitrices de croissance, tandis que les IGFBP de type 2 et 5 favorisent la croissance et la prolifération cellulaire. Les IGFBP auraient donc une incidence cruciale dans le fonctionnement de l’IGF-1.

De nombreux labos au Canada et ailleurs dans le monde essaient de cerner le rôle des taux sanguins d’IGF-1 et d’IGFBP dans le dépistage du CP. Des médicaments capables de cibler l’IGF-1, l’IGF-1R ou les IGFBP sont actuellement en développement.

Le Dr Alan So est urologue au Centre de la prostate de l’Hôpital général de Vancouver et professeur adjoint de chirurgie à l’Université de la Colombie-Britannique.