Choisir le meilleur traitement : à qui la décision ?

EntreNous Vol.4 - No.3

Les spécialistes ne pourraient-ils pas simplement recommander le traitement du cancer de la prostate qui convient le mieux, plutôt que de laisser le patient décider ?

Le choix du traitement dépend beaucoup du stade du cancer. À chaque stade correspondent différentes options auxquelles le patient doit réfléchir. Quand le cancer de la prostate (CP) est avancé, les choix sont limités, bien qu’un homme puisse vivre plusieurs années encore grâce aux thérapies actuelles. Par contre, les options sont nombreuses pour un CP localisé (de stade précoce). Cela constitue à la fois une bonne nouvelle, puisqu’on peut obtenir d’excellents résultats avec plus d’un type de traitement, et une moins bonne, car le patient aura des décisions délicates à prendre, selon les avantages et inconvénients de chaque option et selon ses propres priorités.

Pourquoi le médecin ne dit-il pas tout bonnement quoi faire au patient ? D’abord, le patient doit lui-même comprendre les risques du traitement et ce qu’on peut en attendre au chapitre du contrôle du CP. Ensuite, bien qu’il soit difficile de prédire l’évolution d’un CP localisé non traité, le patient doit soupeser cette option. Et puis, comme un CP diagnostiqué au stade précoce peut progresser très lentement, il faut tenir compte de l’espérance de vie du patient (d’après son âge, ses problèmes de santé, etc.) avant d’opter pour un traitement — ce qui n’est pas toujours facile et repose parfois sur une stressante mais nécessaire discussion.

Dans certains cas, nous demandons l’avis d’autres spécialistes pour évaluer correctement l’état de santé et l’espérance de vie d’un patient. Et nous espérons que la recherche nous permettra un jour de déterminer plus précisément le meilleur traitement (s’il en existe un) pour tel ou tel patient. Une fois là, nous pourrons sans doute resserrer le nombre d’options offertes. Mais même si les choix sont alors simplifiés pour les hommes, je crois que jamais les médecins ne prendront toutes les décisions.

Le Dr Fred Saad est directeur du service d’uro-oncologie au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Hôpital Notre-Dame, et professeur de chirurgie urologique à l’Université de Montréal (Québec).