Je n’étais pas particulièrement inquiet pour ma santé quand j’ai décidé de répondre à une annonce publiée dans Le Soleil par le Dr Fernand Labrie, du CHUL : il cherchait des hommes pour une étude sur le cancer de la prostate. Comme les autres participants, j’ai accepté qu’on me fasse chaque année un toucher rectal et un prélèvement sanguin pour vérifier mon taux d’APS. Rien de sorcier. Pendant cinq ou six ans, il ne s’est rien passé…

Lorsque mon taux d’APS s’est mis à grimper, on m’a dit: « Au vu de vos antécédents familiaux, ne prenons pas de risque ». Mon père est en effet décédé des suites du cancer de la prostate. Et quand le diagnostic est tombé, on m’a indiqué différentes options de traitement, dont l’ablation (prostatectomie), la radiothérapie et l’attente vigilante (moins recommandée dans mon cas). Mais après avoir un peu fouillé sur Internet et discuté avec mon médecin, j’ai choisi une approche née en France, les implants radioactifs (curiethérapie), principalement parce que cette intervention est moins contraignante et que ses effets secondaires sont moins dérangeants.

C’est la préparation que j’ai trouvée plutôt pénible. Quelques biopsies, une scintigraphie osseuse, différents tests pour évaluer mon état de santé, ça va encore; par contre, la sonde dans le pénis pour visualiser ma prostate et déterminer où et combien de grains radioactifs il fallait implanter, hum… j’ai dû en prendre mon parti. Cela dit, j’avais un cancer localisé et c’est une sommité dans le domaine, le Dr Éric Vigneault, qui a procédé à l’implantation à L’Hôtel-Dieu de Québec. C’était en 2003.

Je prends un peu du crédit d’avoir été traité sans délai : par mon inscription au groupe de recherche, je m’étais assuré un suivi régulier et la détection rapide d’un éventuel cancer. Après le diagnostic, le temps que je me renseigne et que j’opte pour la curiethérapie, les choses se sont vite mises en place. Et tout s’est bien déroulé : pas d’hospitalisation, entre 45 minutes et une heure au bloc opératoire sous anesthésie générale, une couple d’heures d’attente après mon réveil pour confirmer que le système urinaire fonctionnait… et j’étais de retour à la maison.

J’ai souffert pendant quelques mois d’une certaine incontinence — des mictions urgentes le matin. Le reste de la journée se passait bien, et cet effet secondaire ne m’empêchait pas de vaquer à mes occupations habituelles — bien que je le craignais parce que nous devions partir en Espagne deux mois après l’intervention ! Le problème s’est résorbé peu à peu — adieu les serviettes absorbantes au cas où et la médication; j’ai également échappé aux autres effets indésirables du traitement, par exemple la fatigue et surtout la dysfonction érectile. Aujourd’hui, je suis complètement débarrassé du cancer !

Tout le monde n’est pas aussi chanceux. À preuve, un de mes frères, également
traité par curiethérapie, a subi de sérieuses complications.

Notre bilan familal s’est alourdi. Mon fils, actuellement dans la quarantaine, en est très conscient et il agit en conséquence; il a entrepris un suivi médical régulier. Mes deux filles sont également sensibilisées au sujet du cancer puisque leur mère a vécu un cancer du sein. Le moins qu’on puisse dire, c’est que dans ma famille, on est conscientisés ! Et on tend à réagir avec assez de sang-froid face au cancer — notre attitude, c’est de travailler à la solution.

Nos réticences ne tiennent pas à grand-chose

J’ai répondu à bien des questions de la part d’hommes de mon entourage et je crois en avoir « éveillé » quelques-uns au dépistage annuel.

Étant donné la prévalence de cette maladie au pays (un homme sur sept), je veux insister ici auprès des hommes qui en sont encore exempts : Jeune ou vieux, allez-y ! Ça ne fait pas mourir d’avoir un prélèvement sanguin et un toucher rectal… Entrez donc dans un groupe de recherche ou organisez-vous un bilan médical annuel dès maintenant — ce n’est pas compliqué, et comme moi, vous ne le regretterez pas car les techniques actuelles permettent de corriger un cancer assez rapidement, s’il est pris à temps.