Retraité actif depuis une dizaine d’années et en bonne santé par surcroît, l’idée ne m’était pas venue que je pourrais être affecté d’un cancer un jour. Mon médecin de famille assurait un suivi annuel, et lors de ma visite de l’automne 2007, il m’a suggéré de rencontrer un urologue car le toucher rectal laissait sentir certaines anomalies. Premières inquiétudes, mais pas trop prononcées.
En avril 2008, premier rendez-vous avec l’urologue, suivi d’une biopsie en juin. Résultat : cellules cancéreuses dans un lobe de la prostate. L’urologue me prescrit le dutastéride (Avodartmd), un médicament susceptible de diminuer la grosseur de la prostate et, idéalement, de faire disparaître les cellules cancéreuses. Bien qu’un peu inquiétant, ce résultat ne me plonge pas dans la détresse. Il m’incite plutôt à me renseigner davantage sur ce type de cancer, que je savais assez courant chez les hommes de mon âge.
Une deuxième biopsie, en février 2009, révèle une plus grande étendue des cellules cancéreuses, qui touchent désormais deux des lobes. La situation est plus sérieuse et elle appelle à prendre certaines décisions. Mon urologue m’informe des traitements possibles. Pour ma conjointe et moi, en mettant les avantages et les inconvénients dans la balance, ce qui importait était la plus grande garantie possible d’éradication du cancer. J’optai donc pour la prostatectomie radicale, qui devait avoir lieu dans les trois mois suivants.
Je m’efforçai de vivre l’attente de l’intervention positivement, j’informai mes parents et amis et je continuai mes activités habituelles. Je demeurai particulièrement fidèle à mes séances d’entraînement physique hebdomadaires, sachant très bien que cela pouvait s’avérer un bon investissement tant au moment de la chirurgie que pendant la période postopératoire — ce qui se confirma dans les faits. Je complétai mes lectures sur le cancer prostatique. Comme le mien semblait encore dans sa phase initiale, je me conditionnai à penser que toutes les chances étaient de mon côté et qu’au pis, je traverserais le pont une fois arrivé à la rivière.
Je fus donc convoqué pour subir l’opération à la mi-mai. Mon chirurgien m’avait déjà dit qu’il souhaitait intervenir par incision classique plutôt que par laparoscopie, préférant travailler « à ciel ouvert ». J’acceptai vite sa façon de faire, bien qu’elle soit plus effractive. Ma conjointe et ma fille me tinrent compagnie avant et après l’intervention. Malgré une certaine nervosité, j’avais confiance.
J’attendis avec hâte les premiers commentaires du chirurgien, qui m’annonça que tout s’était bien passé. La prostate n’était pas très grosse. Les ganglions lymphatiques avaient été enlevés et les nerfs érecteurs, préservés. Je reçus mon congé de l’hôpital un peu plus de 36 heures après l’opération. Je pouvais marcher assez facilement seul et une infirmière du CLSC m’a prodigué des soins à la maison pour le suivi postopératoire de la première semaine.
La convalescence se déroula très bien dans l’ensemble, en partie grâce au soutien de mes proches et amis. Le contrôle urinaire a repris peu à peu. J’étais un peu frustré de perdre une partie de ma saison de vélo, mais un bon programme de lecture m’aida à bien passer le temps. Il a été important d’être mentalement occupé.
Je recommençai mes activités cyclistes à la mi-juillet. Dès la mi-août, je pus effectuer ma première randonnée de 100 kilomètres, sur piste facile, naturellement. La visite de suivi de fin d’août avec mon chirurgien confirma que le cancer ne s’était pas propagé à l’extérieur de la prostate. Après six mois, l’incontinence urinaire est pratiquement disparue. Quant au dysfonctionnement érectile, cela demande un peu plus de temps, de patience, de compréhension et de collaboration, tant pour soi que pour la conjointe.
Mes principales armes pour bien vivre cette expérience : l’information, une attitude positive, la meilleure forme physique possible et la collaboration de ma conjointe.