«Je raconte mon expérience du cancer de la prostate [CP] sans aucune gêne, dit Glenn. En fait, la plupart des gens sont surpris de ma franchise à ce sujet, mais une fois la conversation lancée, je crois qu’ils voient l’importance d’en parler sans détour. Il faut d’abord « enregistrer » la mauvaise nouvelle pour pouvoir l’accepter... Le diagnostic est là. Inchangeable. Alors si vous l’ignorez, c’est à vos risques et périls. »
Glenn frôlait la cinquantaine quand on lui a diagnostiqué un CP, en 1995. C’était depuis longtemps un habitué des bilans de santé annuels, y compris, parce qu’il insistait, des tests de l’APS. Tout roulait normalement lorsque, vers ses 45 ans, son taux d’APS s’est mis à grimper un peu plus haut chaque année. Son médecin a fini par recommander d’autres examens, et une biopsie a montré que le cancer avait envahi la moitié de sa prostate. Pas du genre à attendre de voir comment les choses évolueraient, Glenn a assez rapidement opté pour la prostatectomie.
L’heure de la décision
Pourquoi avoir choisi l’intervention chirurgicale ? En partie parce que son père était mort du CP à l’âge de 65 ans. Glenn vivait en Asie depuis près de 10 ans déjà, et au moment de son retour définitif au pays, le cancer de son père s’était métastasé et il n’y avait pas grand-chose à faire; il ne lui restait que quatre ou cinq mois à vivre. Et comme Glenn le souligne : « Maintenant,
on est encore jeune à 65 ans ».
Le soutien de Sylvia a également pesé lourd dans la décision de Glenn. Le diagnostic était tombé avant les beaux jours de la prostatectomie laparoscopique ou robotisée, et à l’examen des options thérapeutiques, ils étaient tous deux bien conscients de la possibilité d’effets secondaires prolongés, dont les répercussions sur la vie sexuelle. Mais Sylvia poussa son homme à faire ce qu’il fallait pour rester avec elle « vivant plutôt que mort ».
Devant la maladie et le traitement, Glenn s’est révélé pragmatique. Son attitude positive venait peut-être de sa fréquentation du milieu hospitalier, à cause de son travail pour les Fondations du CUSM et de l’HRV, où il connaissait plusieurs urologues ? Il faut dire qu’il avait étudié en éducation physique à l’université, ce qui l’aidait à voir la maladie pour ce qu’elle était et simplement à essayer d’y faire face le mieux possible.
Angoisse et nausée la veille de l’opération (la première de sa vie) ont failli entraîner son annulation ! Mais tout s’est déroulé pour le mieux et en six mois, Glenn était pleinement rétabli et avait repris ses activités habituelles. Le CP a très peu modifié son mode de vie. Toujours attentif à sa santé, il prend des médicaments contre l’hypertension et l’hypercholestérolémie et n’a certainement pas de surpoids; Glenn est persuadé que sa bonne forme avant et après l’intervention l’a beaucoup aidé, physiquement et mentalement.
Ça ne s’est pas arrêté là
Le taux d’APS de Glenn s’est maintenu près de 0 pendant quatre ans, puis il a recommencé à monter très graduellement. Neuf ans après l’opération, il était revenu à 4 ng/mL — un niveau un peu trop dérangeant. Ayant soupesé les options possibles avec ses médecins, Glenn accepta de subir une radiothérapie en juin 2005, précédée d’un mois d’hormonothérapie. En septembre, son taux d’APS n’avait pas bougé, et il est resté autour de 4 pendant quelque temps. Mais quand, un an plus tard, il a atteint 7 ng/mL, l’échec de la radiothérapie est devenu évident. On a alors prescrit à Glenn un examen IRM pour voir si le cancer s’était disséminé ou s’il était encore circonscrit dans le bassin ou la région de la cavité prostatique, mais rien n’a pu être décelé.
L’étape suivante a consisté en une hormonothérapie plus forte. En 2007, Glenn a pris un comprimé d’antiandrogène par jour et a reçu quatre injections de LH-RH. Son taux d’APS est retombé à 0 et n’a plus changé depuis. Glenn est d’avis que les cellules cancéreuses sont entrées en dormance. « Tant mieux si elles ne se réveillent pas, mais dans le cas contraire, je verrais avec mes médecins s’il vaut mieux lancer une autre hormonothérapie ou essayer une option différente, par exemple la chimiothérapie. » À l’exception d’un test de l’APS tous les trois mois, Glenn vit comme avant et n’a pas réduit ses activités. « C’est mon principe depuis 1995, et je ne vois pas l’intérêt de faire autrement. »
« J’ai peut-être une tuile fêlée, mais je ne pense pas beaucoup au CP. La seule chose déplorable, ce sont les effets indésirables permanents (une incontinence et une dysfonction érectile partielles) qui me rappellent ce que j’ai traversé. » Glenn reconnaît que sa vie sexuelle a déjà été meilleure et que la perte de désir due à l’hormonothérapie n’a rien de réjouissant; cependant, grâce à la compréhension de Sylvia, il n’en fait pas une obsession. Glenn sait aussi que des ressources sont disponibles, au besoin, et il peut parler à son médecin pratiquement en tout temps.
Un réseau informel
Glenn n’a jamais fréquenté un groupe de soutien, mais les premières années de sa maladie (et même aujourd’hui), les hommes qui entendaient parler de lui au club de golf, dans un contexte d’affaires ou ailleurs l’appelaient pour lui demander conseil. Il leur indiquait des livres ou des vidéos et discutait très ouvertement de sa situation avec eux. « Je suis content de partager de l’information ou un point de vue de non-spécialiste qui sera utile à d’autres gens. » Glenn est frappé qu’autant d’hommes soient terrifiés face au diagnostic de CP : « Certains font les braves, mais on voit bien qu’ils s’inquiètent intérieurement, surtout des effets secondaires du traitement. Et il y en a d’autres qui ont peur d’aborder le sujet... on reste dans l’ignorance de leur situation. » Glenn trouve qu’en général, les femmes atteintes du cancer du sein sont plus ouvertes à l’égard de leur maladie.
Dans son esprit, le CP est « une grosse affaire » et on fait « une grosse erreur » si on n’en est pas conscient ou si on laisse la peur retarder le combat jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Glenn répète donc aux hommes, dont ses quatre frères (qui ont tous passé la cinquantaine), de ne pas ignorer le sujet, de se prêter régulièrement au test de l’APS et à d’autres examens si nécessaire, de se renseigner sur le CP et, s’ils reçoivent ce diagnostic, de faire leur possible pour l’attaquer de front. « On n’a pas trop de temps à perdre — la vie est belle et j’entends encore l’appel des terrains de squash et de golf ! »