Un accident de travail en mars 2007 suivi de la consultation d’un médecin pour un médicament contre l’hypertension artérielle ont conduit au diagnostic d’HBP (grossissement de la prostate) puis à une biopsie dont quatre des 10 échantillons de tissu se sont révélés positifs pour le cancer de la prostate (CP)… à la grande surprise de Sylvain Dottin. À l’âge de 54 ans, il se sentait en forme et aucun homme de sa parenté n’avait eu cette maladie, dont il connaissait d’ailleurs peu de choses. La nouvelle a aussi causé un grand choc à sa femme. Ils étaient mariés depuis moins d’un an et, pire encore, le premier mari d’Addis était mort du cancer.
Le beau-père de Sylvain avait été emporté par le CP, après avoir refusé la prostatectomie ou d’autres mesures thérapeutiques, et Sylvain en avait tiré une leçon — celle d’agir sans tarder. Il commença par réunir toute l’information qu’il pouvait dénicher sur Internet, auprès de gens divers, etc., et il essaya des remèdes, des régimes alimentaires et des programmes d’exercice — tout ce dont il entendait parler et qui semblait pouvoir stopper la progression du cancer ou améliorer son rétablissement après le traitement. Sur la recommandation de son urologue, il avait déjà opté pour la chirurgie.
Technique nouvelle, patient idéal
L’urologue de Sylvain lui avait conseillé de rencontrer le Dr El-Hakim, qui pratique des prostatectomies radicales robotisées (technique récente avantageuse : plus petite incision et récupération plus rapide) à Montréal. Le Dr El-Hakim lui décrivit l’intervention et ils finirent pas fixer la date de la chirurgie en octobre. La chirurgie robotisée pour le CP n’étant pas encore très courante ici, Sylvain s’est senti privilégié d’y être admissible (« Dieu veillait sur moi »). Repoussant leurs craintes, lui et sa femme se firent à l’idée « qu’il devait faire ce qu’il avait à faire ».
L’opération eut lieu un mercredi, et Sylvain revint à la maison le vendredi matin. Il ne se souvenait pas de la chirurgie, mais au réveil quelques heures plus tard, on lui avait dit que tout s’était très bien déroulé. Le soir même, les infirmières n’avaient pas pu le dissuader d’aller marcher, mais elles avaient peur qu’il se permette de quitter l’hôpital ! Le samedi, surpris de le voir entrer à l’église, ses amis ont cru que l’intervention avait été reportée. Bref, ils n’arrivaient pas à croire que Sylvain était déjà passé sous le bistouri et qu’il n’éprouvait pas de douleur.
Ce patient sans problème n’a porté un cathéter que pendant cinq jours (sans goutte-à-goutte urinaire ni nécessité de couche-culotte), n’a été absent du travail que pendant cinq semaines et n’a pas subi d’effets secondaires durables comme d’autres hommes, qui vivent avec l’incontinence longtemps après leur traitement. Le Dr El-Hakim a pu préserver les nerfs érectiles mais souligné qu’il faudrait un certain temps avant que la fonction sexuelle se rétablisse; pour Sylvain et sa femme, l’important est qu’il soit en vie et en santé. Sylvain attribue en partie ce succès au fait qu’il était bien préparé physiquement et mentalement. « Les services à l’église et les prières m’ont beaucoup aidé aussi », déclare-t-il.
Et l’avenir ? Sylvain appréhende un peu une récidive cancéreuse, mais il est confiant que les choses iront dans le bon sens. Pour l’instant, il se plie aux visites de suivi (taux d’APS, débit urinaire, etc.), aux trois mois.
Sensibiliser la communauté noire
Le message de Sylvain est de « se faire examiner vers 45 ou 50 ans, indépendamment qu’on se sente bien, car le CP peut frapper n’importe quel homme ». C’est seulement après avoir reçu son diagnostic que Sylvain a appris que cette maladie est à la fois plus fréquente et plus virulente chez les Noirs. Selon lui, il y a un besoin criant de sensibilisation et d’information sur le cancer dans cette communauté. Le CP, en particulier, est pratiquement un sujet tabou à cause de ses conséquences sexuelles. L’une des suggestions dont il a discuté avec une fondation locale consisterait à monter, lors des festivals et autres événements de culture africaine ou antillaise, des stands où des survivants du CP pourraient parler de ce cancer avec les hommes et présenter les options thérapeutiques.
Sylvain demande instamment aux hommes de ne pas hésiter à agir s’il le faut ! La technique chirurgicale robotisée ne convient peut-être pas à tout le monde, mais qu’est-ce que ça coûte de se renseigner ? Lui-même n’est-il pas un exemple de réussite ?