En 1999, un ami qui avait eu un cancer de la prostate (CP) s’est mis à me répéter d’aller passer le test de l’APS. Comme ma femme insistait elle aussi, j’ai pris rendez-vous avec notre médecin de famille. Le docteur me trouvait trop jeune (j’avais 49 ans) et il m’a rappelé que le régime d’assurance santé ontarien ne couvrait pas le coût du test, mais j’ai fini par avoir le fameux prélèvement sanguin. Aujourd’hui, je peux dire que cet ami m’a sauvé la vie.

Une avalanche de tests et de traitements

À 7 ng/mL, mon taux d’APS était trop élevé pour un homme de mon âge. Le médecin m’a donc envoyé voir un urologue. Au toucher rectal, l’urologue a senti un gros nodule suspect dans le lobe gauche de la prostate et m’a organisé une biopsie pour le 21 décembre. Et l’analyse des échantillons au laboratoire a confirmé que j’avais le CP. Joyeux Noël !

En janvier 2000, ma femme et moi rencontrions l’urologue pour discuter des options thérapeutiques en considérant que ma cote de Gleason s’élevait à 7 et que la tumeur semblait relativement petite mais très active. Je pouvais attendre pour voir comment les choses progresseraient, avec des examens de suivi, soumettre la tumeur à la radiothérapie ou faire enlever ma prostate. L’urologue nous a dit que l’attente vigilante comportait un risque, et que si je suivais une radiothérapie, je ne pourrais pas, plus tard, avoir une prostatectomie radicale. Autant nous avions les idées embrouillées, autant nous sentions l’urgence de prendre une décision. Nous avons choisi la prostatectomie.

L’opération a eu lieu le 15 février. J’avais refusé que ça se passe la veille : on n’allait certainement pas toucher à ma virilité le jour de la Saint-Valentin ! La tumeur s’était propagée en dehors de la prostate, passant au stade T3a. On m’a recommandé une radiothérapie découpée en 36 séances, à entreprendre dès que possible (5 jours/semaine pendant sept semaines et un jour). Comme aucune place n’était disponible en Ontario avant le mois de novembre suivant, j’ai accepté d’aller au Roswell Park Cancer Center, à Buffalo (New York), en juin. Se retrouver au motel du lundi au vendredi n’avait rien de réjouissant, mais je n’étais pas le seul Canadien là-bas, et une fois par semaine, nous tenions une soirée « pizza » pour discuter, nous raconter nos expériences et nous encourager les uns les autres. On m’a traité magnifiquement bien, et entièrement aux frais du régime ontarien.

Les effets secondaires ?

Quand on a enlevé le cathéter, après ma prostatectomie, j’ai eu des problèmes de rétention (incapacité d’uriner) pendant une année, par intermittence. Ce qui signifie de nombreuses visites à l’urgence de l’hôpital pour la pose d’un cathéter qui drainerait ma vessie. J’en suis venu à insérer les cathéters moi-même et j’ai découvert qu’il en existait de différentes qualités. Certains sont plus faciles à insérer et plus efficaces. Si jamais vous vivez la même chose, offrez-vous la meilleure qualité que vos moyens vous permettent.

J’ai suivi des traitements — qui ont malheureusement échoué — contre l’incontinence urinaire. De plus, la radiothérapie a quelque peu endommagé mon sphincter rectal et la partie inférieure de mon intestin. Ces problèmes ont mis fin à mon travail et accentué l’impact du cancer sur ma vie et sur mon entourage. La perte de revenus a donné un dur coup. Les poussées de fatigue et les fréquentes visites aux toilettes ont fait des voyages, des sports et des activités sociales une source d’embarras et de frustration. Tout cela pèse lourd sur mon tempérament et sur mes relations avec la famille et les amis. C’est bien vrai que le CP ne touche pas seulement celui qui y survit !

On m’avait dit que le cancer récidiverait probablement, et on avait estimé que j’en avais pour cinq ans à vivre. C’était il y a huit ans, et en fait le cancer est réapparu l’an dernier. Pour freiner sa progression, j’ai commencé une hormonothérapie, laquelle a ses propres effets secondaires — encore un sujet de discussion avec votre médecin, surtout si vous souffrez d’autres maladies, comme le diabète.

Du bon côté de la médaille

Je participe depuis plusieurs années aux réunions de discussion sur le CP du Hope Spring Cancer Support Centre, où j’ai appris énormément de choses. Le partage des expériences avec les autres et le sentiment profond qu’on n’est pas seul dans la bataille sont plus précieux que je ne saurais le dire. Les organismes comme Hope Spring, qui aident les survivants du CP ainsi que leurs familles et amis à mieux faire face à cette maladie ont toute mon admiration et ma gratitude.

J’avais déjà décidé de vivre pleinement le reste de ma vie malgré les difficultés. Je joue donc au golf aussi souvent que possible; j’ai même réduit mon handicap de 18 à 15 cette année. Pas trop mal pour un vieux aux couches ! En juin 2008, lors de la « Randonnée-moto pour Papa », à Kitchener, j’ai recueilli 2 600 $ qui iront au Grand River Regional Cancer Centre pour la recherche sur le CP. Ce fut toute une journée pour moi car 1) j’ai reçu le Certificat de mérite du Gouvernement du Canada en reconnaissance de mes efforts, et 2) j’ai eu un accident avec ma moto, qui s’est heureusement soldé par de belles éraflures et des élongations musculaires. L’affaire n’a que renforcé mon désir de vivre, et je prendrai mes chances encore l’année prochaine (on m’a demandé d’être « capitaine » en 2009). 

Un avertissement anti-surprise

C’est parce que tout n’arrive pas toujours comme prévu que j’ai créé quelque chose de spécial pour sensibiliser les hommes au dépistage précoce du CP (voir le médaillon ci-dessous). Le CP est comme un chardon : un truc épineux qu’on préfère éviter et qui se répand une fois sorti de la capsule prostatique. Peu de gens savent que le chardon a servi de signal d’alarme aux Écossais lorsque le roi Haakon de Norvège tenta d’envahir leur territoire. Pour avancer plus furtivement, sous le couvert de la nuit, les « hommes du Nord » se déchaussèrent. Ils étaient tout près de leur cible lorsqu’un homme marcha sur des épines de chardons et cria de douleur — signalant ainsi l’attaque imminente. L’Écosse adopta plus tard le chardon comme emblème national.

 Mon conseil à tous les hommes : offrez-vous le test de l’APS pour détecter le plus tôt possible un éventuel CP. Et si vous recevez ce diagnostic, rappelez-vous que demain est un autre jour — vivez le présent à fond !