À la fin de janvier dernier, après une lutte exemplaire de bravoure, Joseph Montesano est mort des suites du cancer de la prostate. Dans les dernières semaines de sa vie, il a voulu partager son expérience avec d’autres hommes et leur famille, et ses proches l’ont aidé à le faire. Voici donc un récit collectif offert en hommage à un homme et un père merveilleux.
Le 1er septembre 2006. Cette inoubliable journée-là, avec mon amour et âme soeur Mary, j’étais allé voir mon médecin pour connaître les résultats d’une biopsie et d’un test de l’APS. Quand il m’a annoncé un cancer incurable et une survie d’environ deux ans, j’en ai été assommé. Tumeur de stade 4, cote de Gleason de 9 : j’avais un cancer « sauvage » que nous devions essayer de freiner par l’hormonothérapie. Mary encaissa difficilement le coup; plus tard, elle avoua que quelque chose était mort profondément en elle. Je ne saurais pas l’expliquer, mais une détermination féroce m’a envahi et m’a donné espoir. Je fréquentais les hôpitaux depuis longtemps pour des douleurs rénales, et plus récemment pour une prostatite (présumément), mais le fait d’avoir débusqué mon véritable ennemi m’a pour ainsi dire soulagé. J’étais décidé à faire mentir les statistiques.
Mon aîné (Anthony) et moi avons cherché ce qui pouvait rendre ce cancer si virulent, et les raisons de sa progression si rapide à mes os. J’avais entendu dire qu’il fallait maintenir un certain degré d’alcalinité dans mon corps, alors j’ai radicalement transformé mon alimentation en l’axant sur les légumes, certains fruits, les noix, le poisson et d’autres aliments et suppléments à fort potentiel alcalin. Et mon fils s’est mis à me concocter des jus de légumes dont la seule odeur aurait fait vomir une personne normale !
Le point de vue d’Anthony
Je n’échangerais pour rien au monde cette période où j’ai travaillé avec mon père. Nous avons pris soin de notre santé et sommes tous deux devenus plus positifs que jamais. Notre grande priorité était d’anéantir le cancer. Chaque fois que papa avalait un de ces horribles jus de légumes, le fou rire nous gagnait rien qu’à imaginer les cellules cancéreuses en train de courir s’abriter — avant de mourir. Des mois s’écoulèrent ainsi, avec des bons et des mauvais moments (ma grand-mère, la matriarche des Montesanto, est décédée au terme d’un long combat contre le cancer du foie). Après son premier test d’APS trimestriel, mon père s’est précipité dans mon bureau pour déclarer que son taux avait baissé de 128 à 2,7 ! Tout un exploit, et quelle joie ! L’urologue fut plus que surpris; il pensait bien que mon père ferait des progrès, mais pas autant !
Joseph — Un nouveau chapitre commence
Certains de mes vieux symptômes sont réapparus au début de 2007, et les médecins m’ont conseillé d’entreprendre un autre traitement sans délai. J’ai eu une première séance de chimiothérapie, puis j’ai rencontré les spécialistes : tous ont souligné la gravité de mon état.
J’allais recevoir une série de traitements (hormonochimio- radiothérapie), mais le message était clair : j’avais des métastases osseuses et je ne m’en sortirais pas...
Cette fois, la réalité nous a frappés violemment, Mary et moi. Et le soir, nous avons beaucoup pleuré en nous serrant très fort l’un l’autre. J’ai compris alors que je n’étais qu’un « simple mortel ».
Examens IRM, scintigraphies osseuses, tomodensitogrammes et biopsies : Mary m’accompagnait presque tout le temps. Je crois encore qu’elle était un ange envoyé pour m’aider à traverser cette dure expérience. D’intenses douleurs osseuses et l’apparition de lésions tumorales partout sur le corps m’ont obligé à quitter mon emploi, le 19 mai 2007.
Les comarcheurs : Mary, Mike, Anthony et Kim
À la Fête des pères, le 16 juin, nous avons participé à la Marche du courage Procure, à Montréal, un événement de sensibilisation et de collecte de fonds lié au cancer de la prostate. L’organisme Procure nous a apporté un soutien fabuleux, et la marche a connu un beau succès. Aucun de nous n’avait jamais vu Jos déployer autant de courage que cette journée-là. Il fut le premier à traverser la ligne d’arrivée — assez renversant quand on sait qu’il avait subi une séance de chimio quelques jours plus tôt, non ? Procure lui a rendu hommage en affichant un topo spécial sur son site Web (pour lire toute l’histoire, rendez-vous à l’adresse http://www.procure.ca/marchewalk/fr/courage.html).
Les enfants : la lutte continue
À l’été 2007 — grillades au barbecue, fêtes de famille et sorties à la plage —, il est devenu clair que la chimiothérapie ne produit pas l’effet désiré. Le taux d’APS de papa a recommencé à monter. Des séances de radiothérapie ciblée lui sont administrées en vue d’atténuer ses fortes douleurs osseuses. Malgré tout, papa ne baisse pas les bras. Il fait même de l’exercice aussi souvent que possible et s’est soumis dernièrement à une cyphoplastie (intervention à la moelle épinière pour renforcer les vertèbres). Faisant preuve d’une volonté inébranlable, il refuse d’abandonner la partie et de perdre espoir, et toute la famille le soutient dans le même esprit.
Un dernier mot de Jos
Je dois marcher avec une canne tellement mes hanches et ma colonne vertébrale se sont détériorées. Inutile de dire que je goûte chaque moment qu’il me reste à vivre ici-bas. La bataille se poursuit, avec l’aide indéfectible de Mary, des enfants, de mes frères, de ma soeur et bien sûr de mon père. Je n’ai pas le choix d’arrêter de lutter : Mary me l’interdit !