J’avais l’esprit en paix quand je me suis présenté pour mon bilan de santé annuel, il y a 15 ans. Mais je n’étais certainement pas prêt à entendre que mon test de dépistage du cancer de la prostate (CP) était positif.
J’ai suivi les séances de radiothérapie recommandées par mon médecin, puis j’ai repris ma vie du mieux que je le pouvais tout en passant le test de l’APS régulièrement. Bas pendant six ans, les résultats se sont mis à indiquer un taux sanguin de la protéine en hausse constante. Cette fois, j’ai opté pour la cryochirurgie, qui consiste essentiellement à « congeler » la prostate pour détruire la tumeur. Cette technique m’intéressait plus que la prostatectomie radicale, car elle est moins effractive et s’accompagne normalement de peu de douleur et de formation de cicatrices.
Mon monde s’écroule
Deux ans et deux cryochirurgies plus tard, bien que le cancer n’ait pas complètement disparu, mon taux d’APS frôlait le zéro et je me sentais en forme. Sauf que l’incontinence urinaire me déboussolait. J’ignorais que c’est un problème courant chez les hommes qui ont subi une chirurgie de la prostate et chez les hommes âgés en général. J’ai misé sur le temps et des exercices pour corriger la situation — mais ça ne s’est jamais produit, malheureusement.
L’incontinence a drastiquement changé mon quotidien. Un aller-retour à l’épicerie pouvait se transformer en expérience humiliante. Jouer au golf, aller danser et visiter des parents ou amis était devenu un supplice (quel plaisir de toujours porter une serviette absorbante ou un sac collecteur, ou de se déplacer avec des couches de rechange, n’est-ce pas !). Le grand « sociable » que j’étais a décidé de plus en plus souvent de rester à la maison. Mais mon ancienne vie me manquait, surtout rencontrer des gens...
Une solution en vue
J’ai donc sauté sur l’occasion quand mon médecin m’a parlé des pinces péniennes offertes sur le marché. Celles que j’ai essayées m’ont beaucoup déçu. Encombrantes et inconfortables, elles ne tenaient tout simplement pas leurs promesses. J’ai vite compris pourquoi elles étaient inefficaces, et je me suis dit que je pourrais en concevoir une meilleure. En 24 heures, j’avais fabriqué mon prototype — un modèle nettement disgracieux (le métal et le plastique sont peu élégants) qui contrôlait quand même mes « fuites ». Tout heureux, j’ai alors entrepris d’ajuster ses composantes et d’améliorer son look.
Mon médecin a été impressionné par mon invention et il m’a encouragé à la faire breveter. J’ai donc sérieusement envisagé de vendre mon dispositif (je préfère ce mot à « pince », qui n’évoque rien d’agréable et qui effraie la plupart des hommes), car j’avais découvert l’ampleur du besoin pour ce genre de produit. Il m’a fallu quelques mois de modifications et d’essais pour mettre au point un dispositif que j’estimais presque parfait. D’habitude, les hommes n’aiment pas parler de leur incontinence, mais j’en ai trouvé plusieurs prêts à donner une chance à mes « bidules ». Une fois que j’ai commencé à décrire ma situation et la façon dont mon dispositif parvenait à la contrôler, des amis de longue date ont osé admettre qu’ils vivaient la même chose. J’ai fabriqué des dispositifs pour eux, pour des hommes croisés chez mon médecin et pour d’autres encore que mon médecin dirigeait vers moi. Nous étions tous dans le même bateau, et tous désireux de régler le problème pour retrouver une vie normale et active.
J’inscrivais de nouveau le golf, la danse et les sorties sociales à mon agenda, mais j’ai réalisé que mon dispositif n’était pas aussi parfait que je le croyais quand j’ai eu à prendre l’avion — ses charnières en métal ont déclenché le bip-bip du détecteur au poste de sécurité ! J’ai dû suivre le garde dans une petite pièce où je lui ai d’abord montré, puis expliqué, ce qu’il retournait de mon dispositif pénien. Ne voulant pas que l’incident se répète, je suis retourné à la table à dessin pour apporter les petits changements nécessaires. Aujourd’hui, je sais que mon dispositif répond aux besoins de la majorité des hommes souffrant d’incontinence urinaire : il est efficace, d’usage facile, lavable, confortable, et il passe incognito sous le détecteur de métal.
Aider d’autres hommes
J’ai décidé d’aller de l’avant. J’ai fondé Rennich Industries Ltd., obtenu l’homologation pour un appareil médical, demandé un brevet et une marque déposée, puis lancé la fabrication et la distribution de mon dispositif d’incontinence masculine : DribblestopMD. Ce qui avait démarré par un simple bidule pour rehausser ma qualité de vie a pris les proportions d’un projet qui, je l’espère, libérera des hommes de partout sur la planète qui souffrent inutilement d’un problème embarrassant et parfois même débilitant. Je reçois tous les jours des lettres et des appels de remerciement pour mon invention.
Je continue de participer à un groupe de soutien à Calgary, et j’essaie de passer le mot : il y a de l’espoir pour les hommes atteints de CP et de l’aide en cas de perte de contrôle urinaire. J’ai aussi assisté au congrès du Réseau canadien sur le cancer de la prostate, en août 2008 à Calgary, et j’y ai rencontré des gens formidables, vraiement aidants. Mon but est que les hommes apprennent à composer avec l’incontinence et qu’ils recommencent à jouir pleinement de la vie.