Il est très difficile de déterminer le fardeau du cancer de la prostate (CP). Pour le patient et sa famille, la qualité et la quantité de vie restante sont primordiales. Le ministère de la Santé veut quant à lui offrir des soins optimaux à la population malgré un budget plafonné ou décroissant. Chez les fournisseurs de soins, la quête de l’équilibre entre deux pôles parfois opposés — le désir de donner les meilleurs soins individualisés possible peu importe le coût, et le respect des limites budgétaires — crée une tension palpable.

L’une de deux études récentes à avoir mesuré la valeur du dépistage du CP dans de vastes cohortes d’hommes a conclu que le dépistage et le traitement qui s’ensuit peuvent réduire de 20 % la mortalité due au CP. Mais ce résultat cache une réalité déroutante : il faut faire des milliers de tests de dépistage pour détecter un CP, et bien des hommes doivent être traités (et subir des effets indésirables) pour que la vie d’un seul homme soit sauvée. Les chercheurs disaient donc craindre que le dépistage provoque une « fièvre du diagnostic ».

Je ne sous-estime pas l’importance de sauver ne serait-ce qu’une vie, mais je crois que nous devons limiter les coûts et les effets indésirables des traitements non nécessaires ou peu efficaces — un dilemme abordé dans deux articles de ce numéro d’Entre nous. D’abord le Dr Yves Fradet, expert en uro-oncologie de réputation mondiale et pionnier du développement de marqueurs tumoraux, présente faits et réflexions sur « l’énigme CP » en résumant les divers aspects rattachés à la hausse du poids clinique et financier de cette maladie. Les avancées sur le plan des effets secondaires et du contrôle du cancer sont minées par le risque de sur-traitement et d’explosion des coûts pour la société.

Puis, Mme Pamela Hodgson fait le point sur le lymphœdème, qui consiste en une accumulation de fluides causant une enflure débilitante des jambes et des organes génitaux. Cet effet secondaire courant de la lymphadénectomie (ablation d’un ou plusieurs groupes de ganglions lymphatiques) ajoute au fardeau diagnostique et thérapeutique de la prostatectomie. Il peut également résulter d’un mauvais drainage lymphatique des jambes dû au cancer lui-même ou au traitement.

Il faudrait, pour l’avenir, identifier les hommes vraiment exposés au risque de CP, à partir de facteurs génétiques et environnementaux. Et aussi vérifier si les stratégies de prévention nutritionnelles et pharmacologiques permettent de réduire ce risque, à prix raisonnable. Limiter le dépistage aux hommes ayant un risque élevé serait plus directement avantageux tout en épargnant à la population générale les effets secondaires de traitements inutiles. Le Dr Fradet souligne toutefois que ces approches « qui vont de soi » devront être confirmées par d’autres études pour pouvoir justifier le déploiement de ressources de santé de plus en plus minces en vue de freiner les ravages du cancer.

Vous devriez trouver ces sujets intéressants et instructifs, comme tout le contenu de ce numéro d’ailleurs !