Le New England Journal of Medicine, l’une des sources d’information médicale les plus crédibles, publiait en mars 2009 deux articles très importants pour la connaissance du cancer prostatique (CP) et qui portaient sur la valeur du dépistage de cette maladie. L’un présente l’essai PLCO (dépistage du cancer de la prostate, du poumon, colorectal et ovarien), qui regroupait environ 76 000 Américains dont la moitié ont subi chaque année le test de l’APS (antigène prostatique spécifique) et un toucher rectal en vue de la détection précoce du CP, et l’autre moitié aucune mesure spéciale (le groupe témoin). Dix ans plus tard, on n’a constaté aucune différence dans le taux de décès dus au CP entre les deux groupes. L’autre article fait état de l’essai ERSPC (étude européenne randomisée sur le dépistage du CP), où quelque 160 000 hommes, également en deux groupes, avaient ou non un test de l’APS annuel. Au bout de neuf ans, le groupe dépistage affichait 20 % de moins de décès consécutifs au CP — une réduction notable. Pour obtenir un pareil résultat, il faudrait que plus de 1 400 hommes se plient au dépistage et que 48 autres soient traités pour prévenir un seul décès attribuable au CP.

Contradictoires, ces conclusions ? Peut-être seulement en apparence. Ces précieux articles sont présentement scrutés à la loupe et font l’objet d’interprétations diverses, notamment parce qu’on a relevé des vices méthodologiques dans les deux essais. Plusieurs questions encore en suspens — dont les critères du dépistage, la contamination (par dépistage) du groupe témoin et la durée du suivi — pourraient modifier leurs résultats finaux. Les partisans du dépistage trouveront dans ces essais amplement de données à l’appui de leur position, et les opposants aussi...

Mais une chose est parfaitement claire : la décision d’accepter le dépistage ou d’être traité demeure éminemment personnelle, et les hommes ne peuvent la prendre qu’en obtenant autant d’information et de soutien que possible. Ce numéro d’Entre nous y contribuera !