La chirurgie donne parfois tout un choc à l’organisme, en plus de nombreux effets à court et long terme. Le traumatisme principal peut s’accompagner d’une baisse de l’activité physique ou de l’appétit ainsi que d’un trouble psychologique. On sait comment atténuer l’impact immédiat — douleur, fatigue, perte d’appétit, faiblesse — pour faciliter la remise sur pied et le retour à la maison, mais les répercussions d’une chirurgie se font sentir bien au-delà de la période de convalescence; la fatigue et les trous de mémoire peuvent durer plusieurs semaines. Or, la fatigue retarde la reprise des activités habituelles (travail, visites chez les amis et parents, sport, loisirs, magasinage) et réduit d’autant la qualité de vie.
Actuellement, la recherche explore une approche multidisciplinaire combinant exercice, nutrition et stratégie psychologique pour mieux armer les patients face aux défis de la chirurgie et du rétablissement. Indépendamment du type de chirurgie en cause, nombre de patients bénéficieraient de la mise en œuvre de mesures capables d’améliorer la qualité de vie et le fonctionnement physique et mental postopératoires.
Puisque la prostatectomie radicale est en général pratiquée chez des hommes d’âge mûr, plutôt sédentaires et susceptibles de présenter d’autres maladies, comme l’hypertension et le diabète, la préadaptation serait probablement tout indiquée pour eux.
Pré ou post ?
On ne compte plus les initiatives visant à accélérer le rétablissement, mais après la chirurgie, ce n’est pas toujours le meilleur moment pour intervenir. L’homme qui vient de subir une chirurgie importante peut se sentir faible, craindre de compromettre le processus de guérison, être dépressif et anxieux dans l’attente d’un futur traitement... et donc se montrer peu disposé à entreprendre un processus pour abréger sa convalescence. Par contre, avant l’intervention chirurgicale, il pourrait être émotionnellement plus réceptif à ce processus axé sur les éventuels problèmes postopératoires.
La plupart des programmes de préparation à la chirurgie informent le patient, lui offrent du renforcement positif et s’assurent qu’il est médicalement apte. Ceux expressément conçus pour stimuler ses capacités fonctionnelles et mentales sont plutôt rares. Pourtant, il a été démontré que la mauvaise forme physique et l’angoisse avant la chirurgie élèvent le risque de complications postopératoires et allongent la récupération. C’est dans ce contexte que des chercheurs ont élaboré un processus de « préadaptation » qui repose non seulement sur l’activité physique mais aussi sur l’alimentation et le bien-être psychologique.
L’esprit calme dans un corps sain
L’exercice joue un rôle énorme dans la prévention de la maladie. Il réduit l’incidence des troubles cardiaques, du diabète, des AVC, de certaines formes de cancer et des fractures chez les aînés (par un regain d’équilibre et de force). Il améliore la capacité cardiorespiratoire, la réaction du cœur au stress, l’utilisation de l’insuline par l’organisme et le taux de masse maigre tout en atténuant l’anxiété. On y a déjà recours, surtout en médecine sportive, pour prévenir des blessures particulières ou faciliter le rétablissement.
En revanche, les bienfaits du conditionnement préopératoire commencent à peine à intéresser les cliniciens. Selon des études récentes auprès de patients soumis à une chirurgie cardiaque, pulmonaire ou abdominale, l’activité physique avant l’intervention se serait traduite par moins de complications postopératoires et d’incapacités, par une hospitalisation plus courte et par une meilleure qualité de vie.
L’exercice régulier pendant les trois à six semaines précédant la chirurgie suffirait à enclencher une certaine amélioration des capacités fonctionnelles. Pensez marche rapide, 20 minutes de vélo et pratique de la respiration profonde tous les jours, poids et haltères trois fois/semaine, pour renforcer les muscles respiratoires et des membres. L’intensité de l’entraînement dépend de la forme de chacun, et peut être augmentée graduellement. On poursuivra pendant la convalescence, mais moins vigoureusement.
Parallèlement à l’exercice, les approches nutritionnelles ainsi que d’autres mesures bénéfiques comprennent : l’apport limité de sucre et de gras; les suppléments (vitamines et oligoéléments) avant et après l’opération pour aider les tissus à mieux utiliser les nutriments; l’oméga-3 (sources : poissons gras, noix, soya, graines de lin moulues ou suppléments); les techniques de détente et de méditation pour alléger l’anxiété.
Des soins personnalisés
La préadaptation suppose un travail multidisciplinaire : le chirurgien, l’anesthésiste, l’infirmière, le physio ou kinésithérapeute, le psychologue et le nutritionniste abordent ensemble les divers aspects liés à la chirurgie en cause. Les soins personnalisés débutent avant l’opération et continuent après, jusqu’à ce que le patient retrouve ses pleines capacités fonctionnelles. Bien que les avantages de cette approche holistique (corps et esprit) aient été démontrés, il reste encore à déterminer ce qui est le plus efficace selon le type de chirurgie et le type de patient. En définitive, on vise à réduire l’incidence des complications et les coûts chirurgicaux ainsi qu’à faciliter la reprise de la vie habituelle.
Le programme structuré offert au Centre médical Multinnova (voir www.multinnova.ca) est le premier du genre au Canada. Il comprend deux visites pré-chirurgie au cours desquelles le patient rencontre les spécialistes (l’équipe). Le programme dure au moins trois ou quatre semaines avant l’intervention, et les progrès du patient sont évalués lors de sa deuxième visite, juste avant la chirurgie. Une autre évaluation a lieu trois ou quatre semaines après l’opération, et au besoin à neuf ou 10 semaines post-chirurgie.
Plus nous traitons de patients, plus nous accumulons de données sur l’utilité de la préadaptation et plus nous pouvons essayer de multiples moyens d’accélérer le rétablissement postopératoire.
Le Dr Francesco Carli est anesthésiste et professeur d’anesthésiologie au Centre universitaire de santé McGill, à Montréal. Il est aussi le directeur médical adjoint du Centre médical Multinnova (www.multinnova.ca), qui offre des services et un suivi personnalisés en traitement de la
douleur chronique et médecine péri-opératoire.