Les hommes qui souffrent d’incontinence urinaire le confirment : c’est un problème pénible qui a souvent d’importantes répercussions sur la qualité de vie. À condition qu’ils en parlent, bien sûr. Beaucoup trouvent le sujet trop délicat à aborder et donc n’obtiennent peut-être pas d’aide à cet égard. L’incontinence est un effet indésirable fréquent du traitement du cancer de la prostate. Les fuites, parfois abondantes immédiatement après la prostatectomie, diminuent en général peu à peu et cessent dans les mois suivants, quoique chez certains hommes, elles persistent. Mais vous n’avez pas à laisser l’incontinence régir votre vie — différents moyens permettent de la traiter et de maîtriser efficacement ses manifestations.
Les types d’incontinence
La complexe mécanique mictionnelle (élimination urinaire) masculine repose sur des contrôles volontaires et involontaires. La prostate, notamment, comprime l’urètre et empêche ainsi les fuites. Mais le traitement chirurgical du cancer prostatique peut endommager le sphincter urétral ainsi que des muscles et des nerfs rattachés à la vessie. La radiothérapie externe et la curiethérapie peuvent quant à elles irriter la vessie et accroître la fréquence des mictions. Les thérapies actuelles ont beau être plus raffinées, la plupart des patients subissent encore un impact urinaire, même temporaire.
Les grands problèmes urinaires pouvant survenir sont :
- L’incontinence à l’effort, due à une lésion du sphincter urétral. Elle cause une fuite quand vous toussez, soulevez des objets lourds ou changez de position (par ex. se lever d’un fauteuil, sortir d’une auto).
- La vessie hyperactive. Elle se manifeste par des envies d’uriner soudaines, intenses et/ou fréquentes qui aboutiront à des fuites si vous n’atteignez pas les toilettes à temps (mictions impérieuses ou urgentes).
- Les symptômes mixtes, une combinaison d’incontinence impérieuse et à l’effort.
Ça commence avec l’évaluation
Après votre traitement, le suivi médical inclura une évaluation de votre fonction urinaire, et donc une occasion de parler des désagréments que vous vivez dans ce domaine. Selon leur type et leur gravité, un urologue pourrait vous prescrire un médicament ou même une intervention chirurgicale. Votre médecin pourrait aussi vous orienter vers un conseiller en continence, un physiothérapeute ou encore un infirmier à domicile, selon les disponibilités dans votre région. Ces professionnels peuvent effectuer des évaluations approfondies et vous aider à bâtir un plan fondé sur des exercices et des habitudes de vie. Ils vous expliqueront le fonctionnement de la vessie et des muscles pelviens, les causes des fuites et ce que vous pouvez faire pour revenir au contrôle urinaire. Si la situation ne s’améliore pas quand vous faites les exercices tout seul, on vous dirigera peut-être vers un physiothérapeute spécialisé en apprentissage par biofeedback ou stimulation électrique.
Les solutions
Diverses possibilités s’offrent à vous :
- Les techniques comportementales seraient un bon point de départ. Il s’agit en premier lieu de vous « entraîner » à tenir un journal de vos mictions et à repousser consciemment l’envie d’uriner. Vous devriez peut-être modifier certaines habitudes de vie, par exemple en matière de consommation de caféine et de liquides, d’alimentation, de poids, d’exercice, d’élimination intestinale, etc.
- Les exercices du plancher pelvien renforcent les muscles du bassin qui maintiennent la vessie en place et l’urètre bien fermée. Un infirmier-conseil en continence ou un physiothérapeute spécialisé vous expliquera comment ils fonctionnent et comment les effectuer correctement. Il faut les pratiquer avec régularité et… être patient, car même si les résultats sont lents à venir, ils en valent habituellement la peine !
- Les médicaments. Il y en a plusieurs pour la vessie hyperactive et l’incontinence impérieuse.
- Une chirurgie. Si les autres approches ne portent pas fruit, votre médecin pourrait vous suggérer une intervention contre l’incontinence à l’effort. Entre autres, l’insertion d’un sphincter artificiel que vous contrôlez au moyen d’une valve implantée sous la peau; la suspension de l’urètre par une bandelette de tissu synthétique qui le soutient et le compresse; un implant gonflable placé près du col vésical pour soulever la vessie et améliorer la continence; ou l’injection d’un agent gonflant, tel le collagène, pour resserrer les tissus autour de l’urètre.
- Les produits absorbants. Aussi embarrassant ou difficile que ce soit, le port de serviettes, protections, culottes ou autres produits anti-fuite est incontournable à un moment donné. Le marché offre des modèles jetables et réutilisables (lavables) de tailles, formes et pouvoirs absorbants divers, certains conçus précisément pour les hommes. Vous devrez peut-être en essayer plusieurs pour trouver ce qui vous convient la nuit, le jour ou pour une activité quelconque. Vous pouvez obtenir des échantillons de la plupart des produits à votre pharmacie ou dans un magasin de fournitures médicales. Les gros supermarchés en vendent aussi, et de bonne qualité. Enfin, il existe des coussinets protecteurs pour les chaises, les lits et les sièges d’auto. Demandez conseil au pharmacien ou à un(e) infirmier(ère) spécialisé(e).
- Les pinces péniennes destinées à stopper les fuites sont également très variées. On peut les porter pendant de courtes périodes d’activité vigoureuse (comme le golf), mais il faut les ouvrir et les vérifier avec soin régulièrement.
Pour y arriver, il faut « savoir »
Composer avec les effets indésirables des traitements du CP n’est pas de tout repos. Mais la pire réaction à l’impact de l’incontinence sur votre qualité de vie, c’est de l’endurer en silence. Apprenez-en le plus possible sur la cause de votre incontinence et sur les moyens de la maîtriser — ce sera votre tremplin vers la réussite. Il existe des ressources d’aide, alors n’hésitez pas à vous renseigner auprès d’un membre de votre équipe soignante.
Gloria M. Harrison travaille à la clinique d’uro-gynécologie du Royal Alexandra Hospital ainsi qu’à la firme Griffiths Consulting, à Edmonton (Alberta), comme infirmière-conseil en continence (ICC).