Tous les traitements du cancer de la prostate (CP) compromettent la fonction sexuelle. Il faut plus ou moins de temps pour « récupérer ses moyens », et dans l’intervalle, la qualité de vie en prend toujours un coup. Lors du diagnostic, les hommes sont en général très soucieux de choisir un traitement qui éliminera le CP et leur donnera les meilleures chances de survie. Le sexe n’étant pas leur intérêt prioritaire du moment, ils oublient souvent de s’informer des répercussions des options thérapeutiques sur la fonction érectile, l’orgasme, le sentiment de virilité, l’éjaculation et les amours présentes et futures. Chez les célibataires et les couples de longue date, les préoccupations sont passablement différentes à cet égard.
Le besoin de recourir à un programme de restauration de l’érection varie beaucoup, car les traitements affectent la fonction sexuelle différemment. Par exemple, l’homme traité par radiothérapie externe ou par curiethérapie maintient sa capacité érectile antérieure au traitement pendant deux ou trois ans, après quoi cette capacité diminue. Chez celui qui subit une prostatectomie radicale, la fonction sexuelle est à son plus bas immédiatement après l’opération, et elle s’améliore peu à peu dans les deux ou trois années suivantes. L’information et l’aide nécessaires au patient (et à sa partenaire) changent donc dans le temps, et selon le traitement suivi.
L’impact de la chirurgie
L’ablation de la prostate n’a pas chaque fois le même effet sur l’érection. On croit que la chirurgie robotisée augmente les chances de préserver la fonction érectile en raison d’une meilleure visualisation des nerfs et des tissus environnants, mais rien ne prouve à l’heure actuelle que ses résultats sont supérieurs à ceux de la chirurgie classique. Soulignons que c’est l’étendue du CP qui détermine si l’un ou les deux nerfs érectiles pourront être sauvegardés. Plusieurs autres facteurs favorisent le retour de la fonction sexuelle, notamment : l’âge (la jeunesse est un atout); une bonne capacité érectile avant le traitement; une vie sexuelle active; la préservation des deux nerfs érectiles (probabilité de récupération érectile moitié moins bonne si un seul nerf est sauvegardé).
Sans rêver des prouesses d’avant la chirurgie, vous pouvez envisager une récupération optimale dans les circonstances.
Un an après la prostatectomie, un nombre important d’hommes (et de femmes) déclarent être insatisfaits de l’aspect « érection ». Les hommes se sentent moins virils, ont moins de plaisir sexuel et éprouvent de l’inconfort à la pénétration. Souvent, l’homme qui vit des difficultés érectiles évite l’intimité physique et l’expression de sentiments tendres de peur que sa conjointe y voie une invitation de nature sexuelle, ce qui provoque chez lui une angoisse de la performance. Malheureusement, trop de couples et de célibataires souffrent en silence et ne demandent pas au médecin l’aide qu’il leur faudrait en matière de rétablissement érectile.
Des programmes spécialisés
Depuis peu, l’approche thérapeutique du CP s’est élargie pour inclure des programmes de rétablissement sexuel. Ces programmes visent à maximiser la récupération des fonctions érectile et orgasmique. Et toutes les avenues pour arriver au but (médicaments, dispositifs ou counseling) sont mises à contribution. Le counseling aide le patient qui a du mal à atteindre l’orgasme à déterminer des sources de stimulation, à exploiter ses fantasmes, à apprendre de nouvelles façons de toucher l’autre et à exprimer son affection. Au Centre de la prostate de l’Hôpital général de Vancouver et à son vis-à-vis du Princess Margaret Hospital, à Toronto, deux programmes du genre sont en train de voir le jour à l’intention des hommes — avant et après la chirurgie.
Il est urgent de rendre ce type de programmes accessibles à tous les hommes et à leurs conjointes après le traitement. Espérons que les deux projets pilotes permettront de définir des interventions que la communauté des soins urologiques adoptera à grande échelle. Ne soyez pas de ceux qui craignent d’aborder le sujet : demandez à votre médecin ou à un membre de l’équipe soignante où vous pouvez trouver une solution.
B. Joyce Davison, infirmière, Ph. D., est professeure adjointe au Département de chirurgie et chercheuse scientifique au Centre de la prostate de l’Hôpital général de Vancouver (C.-B.).