Parlons de la santé des hommes

EntreNous Vol.14 - No.2

Vieillir sans être « vieux » : la vision d’un centre d’excellence

Surprise ! La santé masculine n’est pas seulement affaire de pénis et de prostate, bien que les « tumultes de ces organes » signalent parfois de graves problèmes médicaux (cardiopathie, anomalie hormonale ou diabète). En matière de santé générale, plusieurs en sont encore à l’étape du déni, et il reste beaucoup à faire pour égaler ce que les femmes ont accompli en quelques décennies. Il est grand temps que les hommes adoptent une approche globale, surtout au vu des demandes auxquelles font face nos systèmes de santé. Les départements d’urologie du Vancouver General Hospital (VGH) et de l’Université de la C.-B. (UBC) ont lancé un Centre d’excellence exclusivement axé sur la santé des hommes dans l’espoir de répondre aux besoins pressants d’aujourd’hui.

Bienvenue dans le XXIe siècle

La population mondiale vieillit rapidement. Nous étions quelque six milliards et demi en 2006, dont 10 % de plus de 60 ans, et on croit que ce chiffre excédera neuf milliards d’ici 2050, dont 22 % auront dépassé la soixantaine. Ce changement démographique fera apparaître de tout nouveaux défis (climat, environnement, ressources énergétiques, approvisionnement alimentaire). Les coûts sociaux et de santé vont grimper. Déjà, la baisse des taux de fertilité et de natalité signifie qu’il y aura moins de gens au travail pour soutenir les personnes âgées dans l’hémisphère occidental.

Nous vivons plus vieux, mais la qualité de vie du prétendu « âge d’or » est souvent truffée de maladies et de limitations. L’écart entre l’espérance de vie et « l’espérance de vie en santé » est d’environ 10 ans à l’échelle mondiale (donc une perte de 10 années sans incapacité). Les centres comme celui du VGH-UBC sont nécessaires, car ils réduisent cet écart :

  • en aidant les gens à prolonger leur autonomie et leur vigueur par le maintien d’activités sociales, physiques et spirituelles tout au long de leurs jeunes années;
  • en offrant aux « aînés » des soins de santé cohérents et moins coûteux fondés sur des preuves.

Où est le problème ?

À bien des égards, la santé des hommes est plus menacée que celle des femmes (voir
l’encadré, page 6), malgré quoi ils accusent
un gros retard pour ce qui est de veiller sur eux-mêmes physiquement et mentalement. Voici des pistes d’explication :

Davantage de risques pour la santé

  • Statistiquement, dès l’enfance, les garçons sont plus sujets à des déficiences développementales et à certaines maladies (par ex. autisme, syndrome de la Tourette).
  • Un homme est plus susceptible de subir un traumatisme vertébral, d’abuser de l’alcool ou des drogues, d’être victime d’un crime ou d’un accident violent ou de se suicider.
  • Les hommes subissent 75 % des crises cardiaques mortelles.
  • En général, ils vivent cinq années de moins que les femmes.

Le comportement macho

  • Les hommes sont moins portés à consulter un médecin, à prendre des mesures préventives et à obtenir tous les vaccins appropriés.
  • À peine 66 % des hommes ont un bilan de santé annuel, mais 84 % font vérifier leur voiture tous les ans !
  • Les hommes perpétuent des attitudes stéréotypées (déni, bravade, prise de risque, « encaisser en silence ») dans leur mode de vie et pour leur santé. Certains croient toujours que s’inquiéter ou se plaindre à propos de sa santé n’est pas « viril ».

Les failles médico-sociales

  • Il ne se fait pas encore autant de recherches ciblées sur les hommes que sur les femmes.
  • On manque de centres dédiés à la santé masculine dans les grands hôpitaux, ainsi que de ressources, réseaux, fondations et modèles d’identification pour les hommes.

Les hommes devraient tirer profit des accomplissements des femmes et développer eux aussi une « fierté de leur sexe », commencer à se parler et à collaborer sur les questions de santé, établir une relation avec un médecin tôt dans la vie et, à l’âge mûr, s’intéresser à la prévention et à l’évaluation des risques personnels.

Un projet ambitieux en C.-B.

Depuis le printemps 2008, on travaille à un nouveau programme pour la santé des hommes en Colombie-Britannique. Il s’agit d’une « initiative parapluie vouée uniquement à la poursuite de l’excellence en santé masculine » (une santé de femme pour hommes !). Le mandat : mettre sur pied un institut de recherche et d’éducation d’avant-garde pour promouvoir la santé, la prévention des maladies et la qualité des soins sous l’angle cardiaque, osseux, mental, sexuel et hormonal. Le Centre disposera d’experts et de ressources pour appuyer les médecins de famille et les spécialistes en vue d’un partage des soins et d’une interdisciplinarité véritables. L’accent portera sur les priorités suivantes : élaborer et diffuser des recommandations sur le diagnostic, les normes de soins et les meilleures pratiques dans les services communautaires, basées sur l’expérience clinique; faciliter la distribution de matériel éducatif dans le public et les groupes professionnels; répandre le message de la prévention auprès des hommes et de leur famille. En premier, on verra à dresser le portrait de la santé masculine selon une approche populationnelle, à bâtir une banque de données sur les ressources existantes pour les hommes et à évaluer les besoins (selon les résultats, ces étapes pourraient être étendues au reste du pays).

Des groupes d’action se chargeront d’explorer différentes catégories socioéconomiques et raciales dans une variété de domaines, dont ceux-ci : santé cardiovasculaire; santé sexuelle et fertilité du couple; insuffisance de testostérone; santé prostatique; santé osseuse; santé mentale; habitudes de vie, forme, sports, nutrition; santé des gais; propension au risque; impact physique, familial et financier de la maladie.

Le soutien des autorités sanitaires provinciales, d’organismes nationaux (comme Santé Canada, Ostéoporose Canada et le Réseau canadien sur le cancer de la prostate) et de donateurs sera également sollicité pour combler les lacunes des soins pour les hommes. Le Centre espère devenir le champion de la santé masculine en C.-B. et un exemple pour les Canadiens.

Dites-le à vos fils et petits-fils

Quel message transmettre ? Les gars, arrêtons de fanfaronner, discutons et travaillons ensemble pour régler notre situation de santé. Nous avons besoin les uns des autres, et de l’aide des femmes. Nous, les femmes et les générations futures — tout le monde en bénéficiera.