La suppression androgénique, aussi appelée hormonothérapie, est largement utilisée à divers stades du traitement du cancer de la prostate. Habituellement, elle prend la forme d’analogues ou d’agonistes de la LH-RH, l’hormone de libération de la lutéinostimuline, qui bloquent la production de testostérone — c’est une castration chimique, ou médicale. Parfois, on réalise la suppression androgénique (SA) par l’ablation des testicules (castration chirurgicale). Mais quelle que soit l’approche, l’objectif demeure d’éliminer la testostérone de la circulation sanguine, car c’est ainsi qu’elle nourrit les tumeurs prostatiques.
Malgré ses atouts reconnus contre le cancer de la prostate, l’hormonothérapie entraîne son lot de désagréables répercussions; les fonctions physiologiques qui dépendent de la testostérone changent forcément quand cette hormone disparaît, et souvent, la qualité de vie en souffre. Nous allons nous attarder ici aux effets secondaires attribuables à la SA en général (les antiandrogènes forment une autre classe d’agents d’hormonothérapie, mais on les administre rarement seuls). Pour pouvoir composer avec ces effets indésirables plus ou moins pénibles, les hommes — et leurs conjoint(e)s — ont tout intérêt à les découvrir et à les comprendre avant le début de la SA.
Troubles sexuels
Une fois la SA commencée, la plupart des hommes qui étaient sexuellement actifs avant le traitement voient survenir une dysfonction érectile. Même si l’érection n’est pas en panne totale, la perte de libido (désir) qui l’accompagne ne peut qu’empirer le tableau... Cela découle directement du manque de testostérone, et seul le rétablissement des taux usuels de l’hormone permet le retour des capacités sexuelles.
On demande régulièrement aux médecins si les médicaments oraux CialisMD, LevitraMD et ViagraMD peuvent corriger le problème de dysfonction érectile causé par la SA. Malheureusement, ces agents ne sont pas très utiles, car la testostérone présente dans la circulation sanguine est essentielle à une vie sexuelle normale. Que faire ? Les deux partenaires se prêtent d’habitude à une préparation psychologique pour mieux s’adapter à ce changement au cours du traitement. Au besoin, consulter un sexothérapeute pourrait leur faciliter les choses.
À la fin d’une SA temporaire, on peut s’attendre à ce que la testostérone revienne à des taux adéquats; le — possible — rétablissement érectile se manifeste après un intervalle de temps variable. Cette récupération peut être incomplète, ou très longue, selon les facteurs critiques que sont la durée de l’hormonothérapie, l’âge du patient, les thérapies connexes et les taux de testostérone prétraitement.
Bouffées de chaleur
De 80 % à 90 % des hommes traités par hormonothérapie savent décrire cette sensation de forte chaleur qui naît dans le visage ou la poitrine et qui, parfois, se répand dans tout le corps et est assortie de sudation, d’accélération du rythme cardiaque, voire de nausée. Les fameuses bouffées « congestives » durent entre deux et 30 minutes; de peu à très intenses, elles peuvent se produire constamment de jour comme de nuit. C’est dire qu’à l’occasion, elles causent de l’insomnie, dérangent l’humeur et minent la concentration. Il n’existe pas de traitement standard pour atténuer les bouffées de chaleur, mais dans des essais cliniques, plusieurs agents ont entraîné de bons résultats, à des degrés variés : l’acétate de mégestrol, les œstrogènes transdermiques, la gabapentine et les inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine (type d’antidépresseurs), tous des produits vendus sur ordonnance d’un médecin. Certains produits naturels sont également censés être bénéfiques, par exemple le soya et ses dérivés, la vitamine E et les plantes médicinales, mais ils agissent différemment et n’ont pas été soumis à des essais prospectifs randomisés. On semble toujours conseiller d’éviter les déclencheurs tels que la caféine, les boissons chaudes et les plats épicés. Mais les déclencheurs sont une affaire bien personnelle — les hommes sous hormonothérapie n’y répondent pas tous de la même façon.
Ostéoporose
Le risque d’ostéoporose — et de fracture en conséquence — grimpe avec la durée de la SA, tout simplement parce que l’hormonothérapie réduit habituellement la densité osseuse et que des os fragilisés sont plus susceptibles de se fracturer. C’est l’un des cas où la prévention constitue le « meilleur traitement ». Améliorer ses habitudes de vie en cessant de fumer, en faisant de l’exercice (surtout contre résistance, comme l’entraînement aux poids), en prenant des suppléments de calcium et vitamine D et en limitant sa consommation d’alcool et de caféine permettrait d’abaisser le risque d’ostéoporose ou de repousser les manifestations de cette affection. Les bisphosphonates, une classe de médicaments plutôt récents, augmentent la densité osseuse et peuvent donc réduire le risque d’ostéoporose et de fracture(s) associé à une SA prolongée. On débat toutefois de la dose optimale de ces agents et du moment idéal pour commencer à les prendre; des essais en cours portent sur ces aspects.
Changements métaboliques et corporels
La gynécomastie, un grossissement anormal des glandes mammaires chez l’homme, est généralement associée aux antiandrogènes en monothérapie (utilisés seuls). La charge psychologique consécutive à la modification de l’image corporelle se double parfois d’une sensibilité des seins. Les interventions possibles incluent la radiothérapie, la chirurgie et des médicaments comme le tamoxifène ou les inhibiteurs de l’aromatase.
Un certain nombre d’hommes subissent des effets de l’hormonothérapie peut-être moins courants mais certainement non négligeables, notamment le diabète, une cardiopathie, des changements métaboliques (surtout en rapport avec le métabolisme des gras, avec nouvelle composition du corps et gain de poids), et la fatigue.
Votre santé vous appartient
Gardez à l’esprit que, peu importe votre choix thérapeutique, il doit être encadré et suivi par votre médecin traitant, et que les options décrites précédemment ne conviennent pas à tous. Non, il n’y a pas de « pilule magique » qui vous débarrasserait des effets indésirables, mais les saines habitudes de vie, une alimentation équilibrée, l’exercice régulier et bien sûr le suivi attentif du médecin (en particulier en cas d’hypertension, de diabète ou de taux élevé de cholestérol) jouent un rôle crucial dans le maintien d’un organisme en bon état, en plus d’aider à « traverser » l’hormonothérapie sans complications importantes.
Le Dr Fabio Cury est professeur adjoint au Département d’oncologie, Division d’oncoradiologie, de l’Université McGill (Montréal).