Presque toutes les semaines, les médias nous parlent de la vitamine D — au grand plaisir des chercheurs dans ce champ d’étude. Le grand public, lui, reste plutôt sceptique. C’est qu’au fil des ans, il s’en est raconté des merveilles à propos des vitamines, par exemple la E et la C, mais les feux d’artifice s’éteignaient toujours vite... L’enthousiasme pour la vitamine D serait-il un autre pétard mouillé ? Nous ne le croyons pas.
Jusqu’à récemment, les milieux de la nutrition, de la médecine et de la santé publique ne prenaient pas la vitamine D bien au sérieux. On a longtemps pensé qu’elle ne servait qu’à maintenir la santé osseuse, et comme les hommes étaient peu vulnérables à l’ostéoporose, pourquoi s’y seraient-ils intéressés ? On sait maintenant que la perte osseuse touche aussi les hommes mûrs et âgés, et qu’elle peut être aggravée par le cancer de la prostate (CP) et certains traitements du CP — ce qui est plus inquiétant.
Pas seulement pour les os
Il est également reconnu que la vitamine D joue plusieurs autres rôles dans l’organisme. Elle contrôle plus de 60 gènes impliqués dans une variété de fonctions corporelles et elle facilite les échanges entre les cellules (une panne de communication peut entraîner des « erreurs », comme le développement d’un cancer). D’où le contenu de cet article : la biologie de la vita-mine D, son rôle dans la santé et peut-être même dans la prévention du cancer, et des conseils précis pour les hommes atteints du CP.
Soleil et vitamine D
L’évolution d’une espèce repose sur la sélection continue des caractéristiques qui conviennent le mieux à l’environnement où elle vit. Les premiers humanoïdes vivaient près de l’équateur et leur peau était entièrement exposée aux rayons solaires, à longueur d’année; ils avaient sans doute des taux de vitamine D plus élevés que nous ! Soulignons que les humains sont les seuls primates à vivre dans le nord, loin du soleil. De quoi se demander si un climat nordique comme celui du Canada est bon pour la survie de notre espèce...
La vitamine D se forme lors de l’exposition de la peau au soleil, quand une molécule semblable au cholestérol, la 7-DHC, se fragmente sous l’effet des rayons ultraviolets (UV) et qu’une partie des huiles présentes dans et sur la peau est réabsorbée par divers tissus du corps. Bien qu’une journée d’hiver puisse être ensoleillée, la peau ne fabriquera pas de vitamine D si l’indice UV est de 3 ou moins; vous avez un indice de 3 lorsque l’angle du soleil est d’environ 45° et que votre ombre est plus courte que votre taille. L’âge influe également sur la quantité de vitamine D que vous produisez.
On peut compenser le manque d’ensoleillement, l’âge et d’autres facteurs qui limitent nos taux de vitamine D en prenant des suppléments, qui offrent les mêmes résultats qu’un apport naturel du soleil.
Assez, c’est combien ?
L’analyse des concentrations sanguines de la 25-hydroxyvitamine D (25-OH-D) permettrait de vérifier votre taux de vitamine D. Ce test a été utilisé abondamment pour déterminer le rôle de la vitamine D dans la prévention des fractures chez les gens atteints d’ostéoporose. En gros, les concentrations de la 25-OH-D devraient dépasser 75 nmol/L. Malheureusement, tout le monde n’affiche pas cette quantité optimale. Chez les Canadiens, la moyenne est de 40 nmol/L en hiver, alors qu’on trouve souvent des taux supérieurs à 100 nmol/L chez les gens qui vivent dans des pays plus ensoleillés.
Le tableau 1 (http://www.ourvoiceinprostatecancer.com/sites/default/files/EntreNous040...) indique certaines des maladies qui pourraient être évitées par le maintien de taux de 25-OH-D plus élevés. Le tableau 2 (http://www.ourvoiceinprostatecancer.com/sites/default/files/EntreNous040...) présente des points importants sur la relation entre CP et vitamine D.
Nos chercheurs au front
La recherche canadienne a beaucoup contribué à prouver le lien entre la vitamine D et le CP. Il y a quelques années, le Dr Richard Choo, de l’Hôpital Sunnybrook à Toronto, a commencé à donner 2000 UI de vitamine D par jour à des hommes vivant une récidive du CP, en se basant sur la hausse progressive de leur taux d’antigène prostatique spécifique (APS). Cette dose plutôt modeste allongeait le temps de doublement du taux d’APS. Peu après, pour savoir si la dose de vitamine D naturelle produite en été aurait le même effet, une équipe dirigée par le Dr Laurence Klotz (également du Sunnybrook) a compilé, de 1995 à 2000, des données sur des hommes exempts de CP mais dont le taux d’APS, mesuré tous les trois mois, augmentait constamment. Comme on s’y attendait, en général, la montée du taux d’APS ralentissait en été et se poursuivait le reste de l’année.
Ces travaux ont amené l’Institut national du cancer du Canada à participer au financement d’un essai clinique, appelé DProstate, actuellement en démarrage à Toronto (voir http://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT00741364). L’essai ne vise pas à trouver une cure au CP mais à cerner l’effet de la vitamine D sur les tissus prostatiques quand elle est prise avant la prostatectomie radicale. Nous pensons pouvoir démontrer qu’elle modifie le comportement des cellules de la « bonne » façon (c.-à-d. non cancérogène). Des études en éprouvette antérieures vont dans ce sens, mais comment prédire ce qui se passera chez les humains ? Ce sont des essais cliniques comme celui-ci qui nous aideront à établir les taux de vitamine D les plus bénéfiques en prévention ou contrôle du CP.
Nous avons encore bien du pain sur la planche avant de comprendre cette interaction. Dans les études populationnelles, le lien entre les concentrations sanguines de 25-OH-D et le cancer du sein ou du côlon ressort plus nettement que celui avec le risque de CP. Cette « bizarrerie » ne vient peut-être pas du faible taux de vitamine D comme tel mais de sa production en dents de scie : de fortes poussées en été, suivies de fortes baisses pendant l’hiver. Les hommes qui affichent les plus hauts taux de vitamine D durant la saison estivale subissent aussi les plus gros reculs durant la saison froide. Dans le Sud, où incidemment le CP est moins fréquent, les hommes exposés au soleil toute l’année présentent des concentrations de 25-OH-D plus élevées et plus stables.
Quelques recommandations
Tant qu’on n’aura pas fait le tour de la question, il serait sage de demander le test de la vitamine D à votre médecin et de prendre des suppléments en cas de déficience. Il y a quelque temps, sans rien recommander formellement, la Société canadienne du cancer « invitait » les adultes à prendre un supplément de vitamine D de 1000 UI/jour. Sachez que l’alimentation ne fait pas partie des moyens d’accroître son apport en vitamine D. Même un régime équilibré ne fournit pas les 400 UI/jour officiellement recommandés pour les personnes de plus de 50 ans dans le Guide alimentaire canadien. En passant, le seul supplément recommandé dans le Guide en est un de vitamine D.
Retenez que les suppléments ne font aucun bien quand on les oublie au fond de la cuisine ! Le manque d’observance pose problème dans le monde de l’ostéoporose — les médecins ont beau répéter que la vitamine D préviendra les fractures, moins d’un tiers des patients demeurent fidèles même pendant une année ! Que vous achetiez les suppléments dans les magasins d’aliments santé ou les pharmacies, sous forme liquide ou en comprimés, prenez-en 1000 UI par jour ou sept doses de 1000 UI une fois par semaine, à votre goût (vous aurez remarqué que les multivitamines n’en renferment pas suffisamment). Si vous vous rendez compte que vous avez sauté une ou deux doses, combinez-les avec les suivantes, pour faire du rattrapage. L’important est d’en prendre sur le long terme.
L’homme atteint de CP ou qui court un risque d’ostéoporose serait également bien avisé de prendre des suppléments de calcium, quoique la vitamine D, en favorisant l’absorption de calcium, puisse réduire la nécessité des suppléments de « C ». Certains suppléments de C contiennent de la vitamine D, mais pas assez pour vous fournir votre dose de 1000 UI/jour. Par ailleurs, la prise de calcium en présence de CP suscite un débat. Alors à défaut de prendre du calcium, tenez mordicus à la vitamine D quotidienne !